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Entretien avec l'auteur: Bachir Dahak
Comment peut on décrire en résumé la situation en Algérie?C'est un défi permanent pour les associations dont l'objet social est un combat contre les archaïsmes culturels et religieux et un risque quotidien pour celles dont l'objet social est déjà un programme anti-gouvernemental.
Mais c'est en même temps la seule structure légale qui échappe au moins formellement au broyage systématique et à l'effacement par le discours et la pratique politique dominante.
Deux exemples très récents complètent ou illustrent ces propos :
A Khenchela (est de l'Algérie) le Président de Transparency Algérie, une association de lutte contre la corruption, est arrêtée comme un vulgaire délinquant et subit une garde à vue humiliante alors que plusieurs dizaines de citoyens devaient l'accueillir (pièce de théâtre thématique, conférence etc...)
A Chlef (centre ouest de l'Algérie) le Président d'une association de locataires, un paisible enseignant en retraite, se fait assigner au pénal par le Préfet, pour avoir contesté par écrit (dans la presse) la façon dont étaient relogés des sinistrés.
Quel est le principal point positif dans la situation actuelle?
Face à l'autoritarisme effrayant d'un régime arrogant et clientéliste, les associations ont été la seule voix discordante, la seule note d'espoir pour des milliers de citoyens qui savent que c'est la société qui est timorée et non pas l'Etat et ses nombreux clones qui sont invincibles.
Sur les questions de l'environnement et de son respect, les associations ont su mobiliser l'opinion publique contre le laxisme ou l'affairisme des décideurs qui sont toujours capables de tracer une autoroute au milieu d'un parc naturel protégé.
Quels sont les obstacles principaux?
Essentiellement des questions liées à la non disponibilité de locaux ou de salles pour que l'activité des associations puisse se dérouler et se développer normalement.
Même les privés hésitent longtemps avant d'accorder leurs salles à des associations connues pour leur fronde ou leur anticonformisme.
Ensuite l'absence d'une politique de subvention et d'accompagnement public des associations y compris lorsque les autorités ont tout intérêt à les écouter ou à s'en servir de relais auprès des populations
Enfin la prolifération de comportements locaux immoraux impunis visant à discréditer les associations en les présentant comme non patriotiques ou comme relais des agents de l’étranger.
Lors des élections locales qui se sont déroulées le 29 Novembre, beaucoup d'associations ont été surveillées localement afin de bien observer qu'elles soutenaient ou au contraire qu'elles combattaient les partis de l'alliance présidentielle (FLN/ RND et ex-Hamas)
Quel est votre sentiment personnel sur l’avenir de ce droit en Algérie?
Beaucoup d'inquiétude parce que la volonté d'étouffer la discordance des associations est relayée par une justice aux ordres particulièrement servile et corrompue. Ensuite, l'aisance financière exceptionnelle de l’Algérie, renforce l'idée et la pratique d'un Etat qui n'a pas besoin de sa société, qui la méprise et la violente avec la bénédiction ou le silence complice de pas mal d'acteurs



