Mohamed Charfi nous a quittés. Date: 11-06-2008
Origine: CRLDHT
Mohamed Charfi nous a quittés.
 
 
Mohamed Charfi est décédé le 7 juin 2008 à l’âge de 72 ans des suites d’une longue maladie.
 
Homme politique de conviction, universitaire reconnu internationalement, Mohamed Charfi est un penseur et un infatigable défenseur des droits de l’homme en Tunisie et dans le monde arabo-musulman. Figure de la gauche tunisienne, son engagement lui a valu de séjourner en prison. Il a présidé la LTDH de 1981 à 1989. Il est devenu ministre de l’Education nationale et de Sciences, de 1989 à 1994, période pendant laquelle il a engagé un processus de reforme du système éducatif visant à éliminer toute forme de ségrégation et de discrimination, réforme qui  lui a valu, depuis,  l’hostilité des milieux conservateur et intégristes, au sein du pouvoir comme dans l’opposition,  ceux-ci n’ayant cessé de le dénigrer et de l’attaquer. Mohamed Charfi démissionne en 1994 marquant ainsi son désaccord profond avec le gouvernement de M. Ben Ali  au sujet de la dérive sécuritaire et liberticide du pouvoir et les atteintes grandissantes contre les libertés publiques en Tunisie.  
 
Il renoue – après s’en être,  durant un certain temps, tenu à l’écart-   avec l’opposition démocratique et devient «la tête de turc » des officines du pouvoir et de la presse à scandales qui lui est rattachée. Il participe activement à la rédaction puis à la diffusion et la promotion d’un manifeste signé de 93 personnalités de la société civile tunisienne. Le diagnostic publié dans ce texte, le 20 mars 2001,  reste, malheureusement, d’actualité : "dérive sans précédent" du régime, caractérisée par "un pouvoir personnel et absolu, un populisme démagogique", un "dépouillement" de toutes les institutions de leur contenu, ainsi qu'un "étouffement de la société civile, annonciateur de tous les dangers". L'expression de la différence est "bannie", les libertés sont "confisquées", et la presse du pouvoir, qualifiée de "produit de propagande à la gloire du chef", est utilisée "comme support de calomnies" à l'encontre des opposants et des insoumis. Les partis politiques reconnus sont "satellisés ou marginalisés", les autres "systématiquement réprimés", tandis que les associations indépendantes et les défenseurs des droits humains font l'objet d'un "harcèlement permanent". La torture et les agressions physiques sont devenues "pratique courante", affirment encore les signataires.  
 
Mohamed Charfi a tenu participer à une rencontre à Paris organisée à l‘initiative du CRLDHT, la veille du référendum de 2OO2,  réunion qui a regroupé tout le spectre de l‘opposition tunisienne, pour dénoncer la présidence et l’immunité à vie de M. Ben Ali.
 
Les attentats criminels de septembre 2001 l’ont profondément choqué et secoué. Il n’a cessé depuis d’oeuvrer pour la réconciliation de l’Islam et les conceptions modernes du droit et de l’Etat en proposant une profonde révision de la pensée islamique, en mettant en exergue, à l’instar et dans la continuité des réformateurs du monde arabo- musulman, une relecture de l’histoire et du droit musulmans ainsi que le rôle primordial de l’éducation.
Auteur notamment d‘un ouvrage de référence « Islam et liberté le malentendu historique (Ed. Albin Michel, Paris 1999), il a contribué à promouvoir la culture des droits de l’homme en développant notamment une lecture moderne et laïque du patrimoine musulman, en participant à d’innombrables conférences sur l’avenir et la démocratisation de la société dans les pays arabes et musulmans.
 
Mohamed Charfi restera gravé dans la mémoire de tous les militantes et militants qui œuvrent pour la démocratie et les droits humains à qui ils incombent désormais de préserver et de défendre son oeuvre en tant que source d’inspiration, de réflexion et d’action.
 
Le CRLDHT présente en ce triste moment, ses profondes condoléances à la famille Charfi, à son épouse Faouzia, à ses filles Héla, Leila et Fatma ainsi qu’à tous les défenseurs des libertés et des droits de l’homme  en Tunisie.
 
Paris, le 8 juin 2008.
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